AGENDA
16 septembre - 22 octobre 2016
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BILLETERIE
22 mai au 25 octobre 2026
Vernissage jeudi 21 mai 2026 ; 18-21h.







Éloge du trait, emprunte son inspiration à Aventures de lignes (1954) de Henri Michaux, où l’auteur célèbre le trait comme geste premier, pur et immédiat. Pour Henri Michaux, dessiner est un acte avant tout intérieur : le trait surgit de l’impulsion, avant le langage, sans projet de représentation. Chaque ligne devient ainsi l’expression directe d’un mouvement vital, d’une énergie en tension, d’un souffle qui traverse la main. Le point, la ligne et le plan ne sont plus de simples éléments formels, mais des forces actives, capables de structurer le visible et de laisser entrevoir l’invisible. Le travail s’inscrit dans cette filiation, mettant en lumière le dessin comme geste autonome, intime et poétique, où l’action précède l’image et la trace révèle l’état intérieur de l’artiste.
À travers une sélection d’oeuvres issues de la collection agnès b., le parcours déploie un
espace où le regard se confronte aux structures fondamentales de la perception.
L’exposition interroge la capacité du trait à articuler le vide, à délimiter l’espace et à
produire une architecture du sensible. Du geste tracé sur le papier à la surface investie par
la matière, la rigueur géométrique dialogue avec l’élan organique, révélant comment ces
formes élémentaires deviennent les vecteurs d’une expression brute.
La ligne s’affirme d’abord comme mesure du temps et de l’effort. Chez Cyprien Chabert, les répétitions obsessionnelles à l’encre dessinent une cartographie du geste. Elles trouvent un écho dans les écritures nerveuses de Tracey Emin, où le trait rouge devient le réceptacle d’une confession immédiate. La linéarité quitte ensuite le plan pour investir le volume : avec Alexander Calder, la ligne dessine dans le vide ; chez Didier Marcel, le fer à béton torsadé transforme un matériau industriel en silhouette organique dressée dans l’espace.
La rigueur structurelle se radicalise avec Donald Judd, dont les volumes en aluminium anodisé affirment le plan comme présence autonome. À cette géométrie répond la photographie de Lucien Hervé, qui découpe des plans de lumière et d’ombre pour révéler l’ossature invisible du réel à travers l’architecture de Brasilia ou de l’UNESCO.
Le point devient unité de compte existentielle chez Jonathan Borofsky, marquant le passage du temps par le chiffre, tandis que Louise Bourgeois en fait le centre d’une spirale infinie, générant un mouvement qui semble absorber le plan.
Cette dynamique se prolonge dans les compositions de Simon Hantaï, où le pliage sculpte la surface de la toile en alternance de vide et de plein, en résonance avec les saturations d’encre de Houston Maludi.
Une convergence symbolique se cristallise autour de la croix, intersection de la verticale et de l’horizontale : elle apparaît dans l’assemblage d’Alan Vega comme un totem électrique, et trouve un contrepoint méditatif dans les peintures de Vyakul, où la forme rituelle charge le plan d’une intensité spirituelle.
Le trait se condense encore dans le petit format de Man Ray, Vieux Jeu, où la composition fige des lignes sombres et précises. Cette économie de moyens trouve un prolongement vibratoire dans l’aquarelle de Henri Michaux, Sans titre (circa 1973). Ici, le trait ne cherche plus à délimiter mais à libérer des apparitions : sur un fond évanescent, des silhouettes filiformes et des signes organiques semblent surgir d’un état de conscience modifié. L’oeuvre incarne parfaitement cette « aventure de lignes » chère à l’artiste, où la main, guidée par une nécessité intérieure, laisse affleurer des figures à la lisière de l’abstraction et du vivant. À l’inverse, chez Emanuel Bovet, la trajectoire d’une balle traverse l’image comme une ligne de fuite qui déchire l’espace. Enfin, chez François Curlet, la ligne d’horizon impose une stabilité absolue, frontière définitive qui structure le champ visuel.
Du point initial à l’horizon, du geste intime à la construction monumentale, l’exposition affirme que le trait n’est pas une abstraction détachée du monde. Il est écriture sensible, tension, rythme — une manière d’habiter l’espace et de révéler les forces invisibles qui organisent notre perception.