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16 septembre - 22 octobre 2016
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BILLETERIE


La Galerie du Jour présente Rodéo!, un duo show réunissant les artistes Salomé Botella et Marion Chaillou toutes deux lauréates du Prix et de la Bourse décernés par agnès b. aux étudiants des Beaux-Arts de Paris.
Figure engagée dans le soutien à la jeune création, agnès b. préside depuis 2007 l’Association des Amis des Beaux-Arts de Paris, avant de créer dès 2008 le Prix agnès b., attribué chaque année à un·e étudiant·e de l’École. Cette exposition met ainsi en lumière deux artistes issues de cette dynamique de soutien, distinguées en 2025 : Salomé Botella, lauréate du Prix agnès b. et Marion Chaillou, lauréate de la Bourse des Amis des Beaux-Arts.
Le titre Rodéo! naît de la proximité quotidienne des deux artistes, qui partagent un atelier au Houloc, nourrissant des échos et des résonances dans leurs imaginaires respectifs. Le rodéo, entendu ici dans sa dimension performative et spectaculaire, devient une grille de lecture de l’exposition : un espace de mise en scène où se rejouent des rapports de force, de domination mais aussi de résistance. Si leurs pratiques diffèrent dans leurs formes et leurs références, Salomé Botella et Marion Chaillou partagent un intérêt pour des figures issues de l’imaginaire collectif dont elles rejouent les récits et les gestes en façonnant des matières brutes. Elles réinterprètent des formes chargées de sens, allant de la jupe au fer à cheval, en déplaçant leurs usages, en questionnant les systèmes de représentation qui les structurent et en révélant les déterminismes sociaux qui les sous-tendent.
Dans son travail, Salomé Botella puise dans un imaginaire rural et vernaculaire. Ses sculptures et installations convoquent des matériaux issus de l’artisanat, incarnant à la fois l’effort du geste et celui d’une matière mise à l’épreuve. À partir de motifs simples, branche, flèche et plume, elle compose des situations où les objets semblent pris dans des dynamiques accidentées, parfois maladroites ou comiques, évoquant les logiques narratives des premiers cartoons ou de certains westerns hollywoodiens.
De son côté, le travail de Marion Chaillou s’ancre dans un espace intime où ses sculptures en bois détournent des formes traditionnelles pour en révéler les structures de pouvoir et les dynamiques genrées qui les sous-entendent. À l’intérieur, l’artiste dissimule des peintures, miniatures d’images à la gouache, sélectionnées parmi des photos prises et reçues. En mobilisant un vocabulaire vestimentaire fortement codifié, elle interroge la fabrication des identités et des rôles et libère une forme de domestication symbolique à la fois critique et performative.
Entre espace intime et imaginaire rural, Rodéo! fait émerger un terrain commun où les œuvres se répondent dans un jeu de postures et de tensions. À travers ce dialogue, l’exposition montre comment des formes familières, chargées d’usages et de récits, peuvent être rejouées pour en déplacer les significations. Meubles, vêtements, outils et objets deviennent vecteurs d’interactions sociales et symboliques, recomposant une cartographie sensible des rapports de force et des constructions de genre, dans un espace instable où s’entrelacent mémoire intime et héritages collectifs.
Le spectacle, ici, est pourtant silencieux. Ni hurlements, ni craintes. Les chevaux, taureaux, veaux sont saufs, leur présence n’est que fantômes. Si l’agitation s’est dispersée, restent nos imaginaires à divertir.
Le rodéo a toujours été une tradition de la réunion. Depuis l’Amérique latine jusqu’à l’Ouest des Etats-Unis, où les animaux sont rassemblés pour le marquage, le geste agricole est devenu une compétition patriotique. Le contrôle de l’homme sur l’animal non domestiqué s’est vêtu de célébrations ; drapeaux, chapeaux, pouvoir et politique. Salomé Botella et Marion Chaillou empruntent au rodéo ses codes ruraux, son divertissement et ses dynamiques de domination pour réunir leurs œuvres et leurs affinités.
Rodéo tire sa racine de l’espagnol rodear qui signifie « tourner autour, encercler ». Ces verbes d’action dessinent une chorégraphie qu’interprètent quotidiennement les deux artistes autour du travail du bois. Elles scient, cintrent, hachent, dégauchissent, rabotent. Les mains font usage de force et les fers montent à 300 degrés ; il y a aussi danger, mais contrairement à la pratique du rodéo, les plasticiennes domptent la matière sans la maltraiter. Depuis le choix du bois, l’observation de ses nœuds, l’anticipation de ses plis, elles entretiennent un rapport de tendresse avec le hêtre, le merisier, le poirier et font courber la nature, sans la trahir. Selon le dessin naturel d’un morceau de bois choisi à la scierie, Marion Chaillou extrait un motif pour illustrer les formes du désir et de la domination. L’ameublement devient son support pour témoigner des rapports de force, où le genre s’incarne dans le vêtement, l’apparat et les situations. En peinture comme en sculpture les œuvres de Marion Chaillou marquent une présence humaine, tandis que celles de Salomé Botella témoignent d’une présence de la nature et des artefacts. De ses origines creusoises, l’artiste mêle les références populaires et la pratique agricole et cherche la poésie dans son environnement proche. La sculptrice déplace l’ordinaire vers le spectaculaire, par l’émancipation des échelles, ou par l’ennoblissement de sujets perçus comme rustiques ou désuets.
Interdit dans de nombreux pays, le rodéo est un sport qui valorise la performance de la masculinité virile et son autorité. La première femme de la discipline, Bertha Kaepernik, se hisse dans cet univers sexiste en 1904 et ouvre l’entrée aux cowgirls dans les arènes. Salomé Botella et Marion Chaillou ont aussi connu leur arène et ses règles genrées. La pratique du bois est une tradition millénaire de transmission d’homme à homme, dont elles se sont emparées à l’École des Beaux-Arts de Paris. L’atelier bois devient leur repère, pour Marion Chaillou d’abord qui en devient la première monitrice, puis pour Salomé Botella qui lui succédera. Elles procèdent ainsi à la réappropriation des stéréotypes autour du travail de la menuiserie, entourées par une nouvelle génération — et communauté — de femmes et de personnes queer. Depuis l’atelier de l’école à Paris, et aujourd’hui dans leur atelier partagé au Houloc, à la Courneuve, le lien de transmission qui opère devient lien d’amitié. La compétition artistique se dissout dans la réunion des outils et des savoirs. Deux artistes pour deux attachements, au bois et au cœur.

Anne Bourrassé (née en 1991, France ; vit et travaille à Paris) est curatrice, critique d’art et autrice, dont la pratique se situe à l’intersection des arts visuels et des humanités. Elle a cofondé plusieurs espaces d’art à Paris dédiés à l’art contemporain ; de 2021 à 2023, elle a exercé les fonctions de Directrice des Expositions et des Ateliers d’Artistes au Consulat Voltaire (Paris). Elle a conçu des expositions et contribué des textes pour des biennales, musées, fondations et galeries en France et à l’international, notamment Le Manège (Dakar, SN), Le Centquatre (Paris, FR), Three Shadows Photography Art Centre (Xiamen, CN), le Musée d’art et d’histoire Paul Éluard (Saint-Denis, FR), Le 19M (Aubervilliers, FR), le Centre d’art Espace Croisé (Roubaix, FR), les Rencontres Internationales de la Photographie (Arles, FR), Commerce Commerce (Milan, IT), Paris Photo 2024 (Paris, FR) et Voiture 14 (Marseille, FR). En 2019, elle cofonde Contemporaines afin de lutter contre les inégalités de genre dans les arts visuels. Croisant pratique militante et recherche en histoire de l’art, elle publie son premier ouvrage, Les Refusées (Seuil, 2026). Bourrassé a effectué des résidences de recherche à Selebe Yoon (Dakar, Sénégal), The Polygon et Griffin Art Projects (Vancouver, Canada), ainsi qu’à Vila31 (Tirana, Albanie). En 2023, elle reçoit la Bourse Émergence de l’ADIAF (Association pour la diffusion internationale de l’art français). Elle est membre de la C-E-A Commissaires d’Exposition Association et de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA).